« Dans le télétravail, le premier avantage est humain, le second est pour l’entreprise car il augmente la productivité de l’ordre de 20 % si l’on en croit les différentes études sur le sujet », estime Philippe Planterose, président de l’AFTT, association française du télétravail et des téléactivités.
| Qu’attendent les entreprises françaises pour se mettre au télétravail ? Publié en décembre dernier, un rapport parlementaire soulignait le sous-développement de ce mode de travail en France, lequel se définit par l’exécution d’un travail commandé par l’employeur à l’employé en dehors des murs de l’entreprise. « Il est urgent que notre pays s’y engage », réclame Pierre Morel-à-l’Huissier, l’auteur du rapport. Et le député de Lozère d’avancer divers chiffres pour montrer le retard tricolore. Selon une enquête réalisée en 2004 par l’Insee, le télétravail ne concernait qu’un peu plus de 7 % de la population active salariée contre 13 % pour la moyenne européenne et 25 % pour les Pays-Bas ou la Suède ! |
Si le travail à distance peine à décoller c’est donc du fait de la culture dont sont imprégnées les entreprises françaises. Les expériences de télétravail demeurent rares dans des activités dites traditionnelles. Récemment, le constructeur automobile Renault a toutefois lancé une expérimentation de télétravail en région parisienne. En 2007 une centaine de cols blancs sur les 15 000 que compte le groupe en région parisienne se verront proposer de travailler par semaine quatre jours chez eux (équipement informatique, connexions Internet et téléphonique seront mises à leur disposition) et un jour au bureau (dans un espace partagé à plusieurs). La raison ? « Dans certains services, 40 % des postes peuvent parfois être inoccupés* », explique-t-on chez le constructeur. Les avantages ? L’optimisation des taux d’occupation et la réduction des coûts immobiliers et généraux à moins de 4 % du chiffre d’affaires par an. L’objectif est légitime car en région parisienne, les coûts de fonctionnement d’un poste chez Renault avoisinent les 14 000 euros contre 9 000 ailleurs en France. Si la partition est écrite, reste l’interprétation. Elle n’est pas évidente. Dans la plupart des entreprises, les organisations syndicales se montrent très souvent circonspectes à la mise en place de méthodes de télétravail. « Ils ne sont pas très enclins à promouvoir le télétravail car ils ont peur de ne plus contrôler leurs troupes », fait savoir Patrick Duncombe. La question du contrôle concerne aussi la direction car la mise en place d’un système de télétravail équivaut bien souvent à un changement complet des organisations et des mentalités. « Pour que le télétravail fonctionne, il faut évidemment l’accord du salarié concerné mais aussi, et c’est essentiel, l’accord de sa hiérarchie », prévient-on chez Renault. « Dans le monde actuel, les managers donnent des ordres et contrôlent leur exécution. Dans un univers de travail à distance, ils fixent des objectifs et participent aux résultats. Ce n’est plus la même forme de management, nuance Philippe Planterose. Dans beaucoup d’entreprises les salariés sont trop souvent considérés comme des enfants par les employeurs », note-t-il amèrement. A défaut d’être incitées par les avantages du télétravail, les entreprises risquent d’être obligées de s’y mettre. L’enjeu ? S’inscrire dans une économie à la fois numérisée, mondialisée. « Avec le télétravail, les entreprises accélèrent leur apprentissage des réseaux mais surtout la façon d’y travailler ensemble. En découvrant ainsi leurs faiblesses cachées, technologiques et organisationnelles, elles se préparent à devenir plus fortes sur un marché toujours plus exigeant et dynamique, voire plus virtuel », conclut Patrick Duncombe. |